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Première version écrite le 7 mars 2015. Première mise en ligne le 7 août 2015 (1-CAUAC).


ILLUSION ET ACCEPTATION

LE REFUGE DE L’ILLUSION

ET L’ACCEPTATION DE LA REALITE

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KINTSUKUROI (金繕い)

(n.)(v.phr) "réparer avec de l'or"; l'art de réparer une poterie avec de l'or ou de l'argent et comprendre que l'objet devient plus beau d'avoir été brisé.


Chacun de nous a des blessures, des regrets, des peines, des peurs et des tourments. Ce peut être la perte d’un être cher, le refus de la vieillesse, la peur de la mort, un échec, une culpabilité, une honte, une compromission ou simplement une faiblesse.

Quoi que ce soit, il est naturel de chercher à s’en extraire d’une façon ou d’une autre pour ne pas trop en souffrir. Souvent, il est même salvateur de se réfugier dans une illusion temporaire pour se préparer à l’acceptation qui vient alors peu à peu, de manière douce et progressive. C’est un mode de protection. Une soupape de sécurité.

Cependant, nous refusons parfois de quitter le refuge de l’illusion, consciemment ou inconsciemment. Et donc nous vivons dans une illusion permanente en conflit permanent avec la réalité.

Certaines illusions sont si puissantes que nous en arrivons à oublier même qu’elles sont des illusions et nous les prenons donc pour la «réalité». Nous pouvons même construire sur ces illusions. Nous les enfouissons alors jusqu’à ce qu’elles soient si profondément enkystées en nous que nos pensées même ne les effleurent plus. Cependant aussi puissantes et cachées fussent-elle, les illusions sont toujours aussi fragiles, tout comme une bulle de savon. La seule différence est que nous n’avons plus conscience qu’une partie de notre «réalité» peut disparaître en une fraction de seconde. Et lorsque cela se produit, nous nous retrouvons sans défense... sans ses fondations, tout l’édifice s’écroule...

Nous avons de nombreuses stratégies pour créer ces illusions. Nous pouvons soit nier les faits, soit les réinterpréter à notre avantage, soit encore les ressasser encore et encore. Par exemple, lors de la perte d’un être cher, une personne qui refuse le chagrin et se ferme émotionnellement ou une autre qui reste inconsolable malgré les années fabriquent chacune une illusion : le refus du deuil pour la première et le refus de la fin du deuil pour la seconde.

Quelles qu’elles soient, les illusions demandent que nous dépensions beaucoup d’énergie pour les maintenir. Tôt ou tard, l’énergie nous manque, nos stratégies faiblissent et les illusions s’effritent puis s’effacent. Alors la réalité réapparait. Si la fin de l’illusion est désirée par nous, elle est alors vécue comme une libération, la fin d’un chemin. Dans le cas contraire, nous nous sommes épuisés en vain et nous devons faire face à nouveau à ce quoi nous refusions de voir... avec les mêmes options et les mêmes conséquences.

C’est un cercle qui peut être sans fin et dont la seule issue saine est l’acceptation de la réalité parce que c’est celle qui demande le moins d’effort pour être maintenue et celle sur laquelle on peut réellement construire.

L’acceptation de la réalité ouvre la voie à la guérison de ce qui a été. Très souvent, nous nous apercevons qu’accepter ce qui a été nous change en mieux. Les japonais on un mot pour cela, un art même : Kintsukuroi. L’art de réparer quelque chose de brisé et de réaliser que l’objet réparé est plus beau qu’avant.

Les événements et épreuves de notre vie n’ont pas forcément de raisons profondes, mais elles font partie de notre réalité. Telle une poterie japonaise, nous pouvons nous «réparer» en acceptant la réalité et être plus beaux qu’avant ou rester «abimés» en entretenant l’illusion qu’il n’y a ni brisure, ni fêlure en nous...


Pierre / Aiyana